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Comment flirter au temps de la COVID-19 ?

Texte mis à jour le 2020-06-19


La distanciation sociale, outil essentiel pour réduire la propagation de la COVID-19 est difficile à respecter sur une longue durée et en l’absence d’une perspective de fin. La tentation de renouer avec les contacts physiques est grande. Pour diminuer les risques, pour soi et surtout pour nos proches et les membres de notre famille qui peuvent être plus vulnérables, les gestes barrières sont le meilleur moyen de protection contre la COVID-19.

Suite à l’épidémie de SARS-CoV-2, la fermeture des bars, des restaurants, des salles de concert et des discothèques, l’enseignement à distance, et le développement à grande échelle du télétravail ont permis la mise en œuvre de la distanciation sociale, mesure essentielle pour faire barrière à la COVID-19. Dans ces conditions, comment continuer à se rencontrer et à flirter ?

La disparition soudaine des lieux sociaux a rendu encore plus attractives les applications d’échanges comme Zoom ou HouseParty et de rencontres de type Tinder ou OkCupid. Ces applications sont devenues les seuls lieux d’échanges à distance permettant de contrer la solitude imposée et de rencontrer de nouvelles personnes, et leur utilisation a explosé pendant le confinement.

L’isolement social est difficile à vivre, source de mal-être pour une grande majorité d’individus et peut entraîner une dégradation de l’état de santé mentale et physique. Depuis le déconfinement, la tendance est plutôt au relâchement général de la distanciation sociale avec de plus en plus de contacts à moins d’un mètre. L’idée d’une relation occasionnelle ou amoureuse fait oublier le risque de la maladie.

Avoir des relations sexuelles, c’est prendre le risque d’être contaminé ou de contaminer. Bien que le coronavirus SARS-CoV-2 ait été détecté dans le sperme de certains patients, la question de savoir si la COVID-19 est une maladie sexuellement transmissible n’est pas vraiment pertinente. En effet, dans cette situation, il est évidemment impossible de rester éloignés à plus d’un mètre, très difficile de ne pas toucher les mêmes surfaces et d’empêcher le contact des sécrétions du nez ou de la bouche de l’autre, même avec un masque. Cette maladie peut donc se transmettre lors d’un rapport sexuel par le nez, la bouche et les yeux.

Quand s’abstenir de prendre des risques devient impossible, il est souhaitable d’évaluer les risques afin de les diminuer au maximum : évaluer les risques que l’on prend pour soi mais aussi les risques que l’on fait prendre aux autres.

Les risques d’être infecté par le SARS-CoV-2 ou de transmettre SARS-CoV-2 varie en fonction de plusieurs paramètres, selon que :

- nous vivons seuls, en colocation ou en famille,

- nous travaillons chez nous ou au contraire dans un environnement humainement dense,

- nous limitons les contacts sociaux ou au contraire multiplions les sorties et les échanges,

- nous avons tendance à être plutôt monogames ou polygames.

Avec des risques maximaux dans les cas où l’on vit à plusieurs, côtoie des collègues, des clients ou des patients, où l’on a une vie riche en contacts sociaux, et où l’on n’est pas monogame.

Prendre des risques pour soi est une décision personnelle mais la propagation de la COVID-19 dépend de nous tous. Pour prendre sa décision, il faut considérer les risques que l’on fait prendre aussi à toutes les personnes qui nous sont proches et que l’on continue à fréquenter comme nos parents, grands-parents ou toute personne dite vulnérable.

Pour protéger nos proches, continuons d’appliquer au maximum les gestes barrières, meilleure protection contre la transmission de la COVID-19.


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Sources

La quantité de conversations et des « matches » a augmenté entre février et mars 2020.

Enquête OkCupid.

Cette enquête montre que 71 % des Français lors du confinement ont pensé plus que d’habitude à la privation de liberté et 68% à la privation de vie sociale. Elle révèle également que 47% des moins de 35 ans ont des contacts à moins d’un mètre de distance.

Enquête IPSOS, Baromètre COVID19, du 6 au 11 mai 2020, réalisée par « Datacovid association » sur 5000 personnes en France.

L’isolement social et le fait de se sentir seul sont des facteurs de stress qui augmentent le risque de développer des pathologies endocriniennes, cardiovasculaires et inflammatoires, et augmentent la probabilité de mortalité.

Steptoe, A., Owen, N., Kunz-Ebrecht, S. R., & Brydon, L. (2004). Loneliness and neuroendocrine, cardiovascular, and inflammatory stress responses in middle-aged men and women. Psychoneuroendocrinology, 29(5), 593-611. Holt-Lunstad, J., Smith, T. B., Baker, M., Harris, T., & Stephenson, D. (2015). Loneliness and social isolation as risk factors for mortality: a meta-analytic review. Perspectives on psychological science, 10(2), 227-237.

Chez l’humain, la tendance à prendre des risques s’explique au sein d’un cadre théorique « coût/bénéfice » par le fait que l’attention est majoritairement portée sur le bénéfice perçu plutôt que sur le coût du risque.

Hanoch, Y., Johnson, J. G., & Wilke, A. (2006). Domain specificity in experimental measures and participant recruitment: An application to risk-taking behavior. Psychological Science, 17(4), 300-304.

Cette revue de la littérature évalue l’impact de campagnes d’information pour diminuer le risque d’infection à une maladie sexuellement transmissible, ici le VIH. Même si certaines campagnes permettent une prise de conscience des risques, elles n'entraînent pas la disparition de la prise de risques par les individus.

Maticka-Tyndale, E., & Barnett, J. P. (2010). Peer-led interventions to reduce HIV risk of youth: a review. Evaluation and program planning, 33(2), 98-112.

Etude épidémiologique de 105 cas de COVID-19 et de leurs contacts étroits en Chine : le taux d'attaque secondaire des contacts qui étaient des conjoints des cas index était de 27,8 %, contre 17,3 % pour les autres membres adultes des ménages.

Li, W., Zhang, B., Lu, J., Liu, S., Chang, Z., Cao, P., ... & Chen, J. (2020). The characteristics of household transmission of COVID-19. Clinical Infectious Diseases.

Le sperme de 38 patients infectés par le SARS-CoV-2 hospitalisés dans la province de Henan a été analysé. Chez 6 d’entre eux, soit 15,8%, le sperme a été testé positif à l’ARN du coronavirus SARS-CoV-2. Sur les 6 patients, 4 étaient dans la phase aiguë de la COVID-19 et 2 en phase de rémission.

Li, D., Jin, M., Bao, P., Zhao, W., & Zhang, S. (2020). Clinical characteristics and results of semen tests among men with coronavirus disease 2019. JAMA network open, 3(5), e208292-e208292.

Le sperme a été testé négatif à l’ARN du coronavirus SARS-CoV-2 pour 13 patients COVID-19, 11 après les résultats négatifs des tests sur les sécrétions naso-buccales, 1 lorsqu’elles présentaient encore le virus et 1 décédé à cause du COVID-19.

Song, C., Wang, Y., Li, W., Hu, B., Chen, G., Xia, P., ... & Yang, X. (2020). Absence of 2019 Novel Coronavirus in Semen and Testes of COVID-19 Patients. Biology of Reproduction.

Le sperme de 34 hommes, en phase de rémission, ne contenait pas du virus SARS-CoV-2, après un temps dès 9 à 79 jours (en médiane 31 jours) après la diagnose de COVID-19.

Pan, F., Xiao, X., Guo, J., Song, Y., Li, H., Patel, D. P., ... & Li, P. S. (2020). No evidence of SARS-CoV-2 in semen of males recovering from COVID-19. Fertility and Sterility.

Certains artistes pensent comment se séduire sans risque !

@jermcohen

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