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Peut-on arrêter la transmission du coronavirus SARS-CoV-2 sans confinement total par des mini-cycles de confinement ?

Texte mis à jour le 2020-07-13


Pour éviter un confinement total, une stratégie consisterait à sortir, travailler et avoir une vie sociale pendant 4 jours puis se confiner et télétravailler pendant 10 jours. Cette stratégie repose sur le fait que le pic de contagion de la plupart des malades commence 3-4 jours après avoir été infecté et dure 4-5 jours. Des chercheurs ont évalué cette stratégie et concluent qu’elle est aussi efficace que le confinement total pour minimiser le risque de contagion.

Pour limiter la propagation de l’épidémie de COVID-19, la plupart des pays ont mis en place des périodes de confinement, obligeant la population à rester dans son logement ou dans un lieu spécifique. La stratégie de confinement a permis de limiter la propagation du coronavirus, en réduisant le taux de reproduction moyen (R) du SARS-CoV-2, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes infectées par une personne porteuse du coronavirus. Quand le R passe en dessous de 1, cela signifie qu’une personne contagieuse infecte en moyenne moins d’une personne, ce qui fait disparaître l’épidémie progressivement.

Le confinement ne peut pas durer plus de quelques mois pour des raisons psychologiques et socio-économiques. Après la fin d’un confinement, on peut assister à la réapparition de foyers de contamination et à l’augmentation du R dans certaines régions. Aujourd’hui, nos connaissances sur la COVID-19 permettent d’envisager des solutions alternatives pour réduire la transmission du coronavirus SARS-CoV-2 sans passer par un confinement total.

La particularité du coronavirus SARS-CoV-2 est qu’il est contagieux avant l’apparition des symptômes de la COVID-19. En se basant sur les caractéristiques temporelles de la période d’incubation et de contagion, on peut proposer des mini-cycles de confinement : 4 jours sans confinement puis 10 jours de confinement qui limiteront la possibilité qu’une personne en contamine d’autres.

Les cycles “4 jours dehors - 10 jours dedans” empêchent les personnes infectées pendant les 4 jours sans confinement de répandre la maladie puisqu’elles sont confinées pendant les jours de leur période contagieuse.

Une étude estime que cette stratégie “4 jours dehors - 10 jours dedans” est aussi efficace qu’un confinement total : en diminuant le nombre de contacts entre personnes de 70%, le taux de reproduction R passe sous la barre des 1. Cette étude n’a pas analysé l’effet de cycles de confinement d’une durée plus courte.

Un intérêt de cette approche est de sauvegarder 40% de l’économie, mais aussi de continuer à avoir une vie sociale et d’éviter les problèmes cognitifs et psychologiques induits par l’isolement dans le cadre d’un confinement total. La mise en place de l’alternance d’équipes dans les milieux professionnel - avec deux équipes qui font leur 4 jours de travail sur des semaines alternées - permet une continuité dans l’activité économique, sans diminuer l’efficacité de la stratégie.

Cette stratégie de confinement est fondée sur les résultats d’un modèle qui dépend de plusieurs paramètres et qui fait les hypothèses suivantes :

Un confinement total peut avoir des conséquences graves à long-terme sur le plan économique, social et psychique. Pour continuer à lutter efficacement contre la propagation de la maladie, la stratégie d’alternance de cycles de 4 jours dehors et 10 jours confinés est une alternative prometteuse. Même si cette stratégie n’est pas mise en place à grande échelle, l’appliquer de manière individuelle est efficace puisque cela permet au moins de diminuer sa propre probabilité d’infecter d’autres personnes. Bien entendu, ne faites pas cela si vous êtes vulnérable, car cette stratégie ne vous protège pas de la contamination : restez vigilant !


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Sources

Modèle estimant la croissance épidémique en fonction de différentes applications de la stratégie “4 jours dehors et 10 jours confinés”. Le nombre de contacts entre personnes diminue de 70%, permettant de maintenir un taux de reproduction R inférieur à 1.

Karin, O., Bar-On, Y. M., Milo, T., Katzir, I., Mayo, A., Korem, Y., ... & Milo, R. (2020). Adaptive cyclic exit strategies from lockdown to suppress COVID-19 and allow economic activity. medRxiv.

La contagion commence 2,3 jours avant la survenue des symptômes, qui eux-mêmes commencent 5 jours après l’infection en moyenne, ce qui donne une période de latence de 2,7 jours.

He, X., Lau, E. H., Wu, P., Deng, X., Wang, J., Hao, X., ... & Mo, X. (2020). Temporal dynamics in viral shedding and transmissibility of COVID-19. Nature medicine, 26(5), 672-675.

Un modèle estime la période de latence à 3,7 jours pour l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2.

Li, R., Pei, S., Chen, B., Song, Y., Zhang, T., Yang, W., & Shaman, J. (2020). Substantial undocumented infection facilitates the rapid dissemination of novel coronavirus (SARS-CoV-2). Science, 368(6490), 489-493.

Il a été observé que les patients commencent à s’isoler en moyenne 2,9 jours après la survenue des premiers symptômes. Même si les patients restent contagieux quand ils sont isolés, ils ne contaminent plus personne. On estime donc la période contagieuse à partir du moment où ils deviennent contagieux, soit environ 2 jours moyens de contagion pré-symptomatique jusqu’à leur isolement, puis 2,9 jours après l’apparition des symptômes, ce qui fait au total une période de contagion de 4,9 jours.

Liu, T., Hu, J., Kang, M., Lin, L., Zhong, H., Xiao, J., ... & Deng, A. (2020). Transmission dynamics of 2019 novel coronavirus (2019-nCoV).

Dans cette étude, il a été observé que les patients commencent à s’isoler en moyenne 4,6 jours après la survenue des premiers symptômes, soit une période où ils risque de contaminer quelqu’un de 6,6 jours en ajoutant les 2 jours moyens de contagion pré-symptomatique.

Bi, Q., Wu, Y., Mei, S., Ye, C., Zou, X., Zhang, Z., ... & Gao, W. (2020). Epidemiology and transmission of COVID-19 in 391 cases and 1286 of their close contacts in Shenzhen, China: a retrospective cohort study. The Lancet Infectious Diseases.

Une analyse de modélisation montre qu’une stratégie “4 jours dehors et 8 jours confinés” est efficace pour stopper la propagation de l’épidémie SARS-CoV-2.

Cornes, F. E., Frank, G. A., & Dorso, C. O. (2020). Cyclical lock-down and the economic activity along the pandemic of COVID-19. arXiv preprint arXiv:2006.06409.

Une méta-analyse (13 études en Chine) estime R0 entre 2.8 (médiane) et 3.3 (moyenne).

Liu, Y., Gayle, A. A., Wilder-Smith, A., & Rocklöv, J. (2020). The reproductive number of COVID-19 is higher compared to SARS coronavirus. Journal of travel medicine.

Une analyse des contacts entre les gens est compatible avec une diminution de la contagion R de 85 à 90% après un confinement.

Zhang, J., Litvinova, M., Liang, Y., Wang, Y., Wang, W., Zhao, S., ... & Ajelli, M. (2020). Changes in contact patterns shape the dynamics of the COVID-19 outbreak in China. Science.

Une analyse économétrique estime que les politiques de confinement diminuent le taux de contagion (R) de 82%.

Hsiang, S., Allen, D., Annan-Phan, S., Bell, K., Bolliger, I., Chong, T., ... & Lau, P. (2020). The effect of large-scale anti-contagion policies on the COVID-19 pandemic. Nature, 1-9.

Basé sur 181 cas en Chine, on observe que dans 90% des cas l’apparition des symptômes se fait dans les 10 jours qui suivent l’infection. Après l’apparition des symptômes, les malades peuvent théoriquement s’isoler pour éviter de contaminer d’autres personnes.

Lauer, S. A., Grantz, K. H., Bi, Q., Jones, F. K., Zheng, Q., Meredith, H. R., ... & Lessler, J. (2020). The incubation period of coronavirus disease 2019 (COVID-19) from publicly reported confirmed cases: estimation and application. Annals of internal medicine, 172(9), 577-582.

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