< Variants

Que sait-on du variant britannique ?

Texte mis à jour le 2021-03-17


Des études préliminaires suggèrent que le variant VoC 202012/01, appelé aussi B1.1.7 ou variant britannique, pourrait être plus contagieux que la forme non mutée. En attendant la confirmation ou non de ces résultats, le principe de précaution est de mise ! Il faut redoubler d’attention pour éviter tout risque de transmission : porter son masque bien ajusté, se laver les mains, aérer les lieux de vie et éviter la foule.

Le variant VoC 202012/01 (Variant of Concern 202012/01) ou lignée B.1.1.7 contient 17 mutations non synonymes (c’est-à-dire des mutations qui affectent les protéines du virus) dont 8 qui modifient la protéine Spike. Un tel nombre et une telle combinaison de mutations sont inhabituels. On trouve notamment la mutation N501Y que l’on retrouve également sur le variant identifié en Afrique du Sud en décembre 2020 (Voir la question, Quels sont les variants du coronavirus SARS-CoV-2 qui ont attiré l’attention ?) et qui pourrait augmenter l’affinité de la protéine Spike pour le récepteur ACE2. Ce variant contient une autre mutation, P681H, qui se situe à un emplacement particulier au sein de la protéine Spike, au niveau du site de clivage à la furine. Ce site particulier facilite la fusion entre la membrane du virus et celle de la cellule. Ce site de clivage par la furine, qui n’existe pas dans d’autres coronavirus proches du SARS-CoV-2, favorise l’entrée du coronavirus dans les cellules épithéliales respiratoires. Ce variant présente aussi une délétion, 69-70del, qui a déjà été décrite sur le variant Cluster 5 (Voir la question, Quels sont les variants du coronavirus SARS-CoV-2 qui ont attiré l’attention ?) et qui pourrait permettre au coronavirus d’échapper au système immunitaire. Ces mutations ont déjà été décrites sur d’autres variants de SARS-CoV-2 mais celui-là est le seul qui cumule toutes ces mutations.

Quelles sont les particularités de ce variant britannique ?

Ce variant a été détecté en septembre 2020 dans le Kent au Royaume Uni et il s’est ensuite rapidement répandu dans le Sud du Royaume Uni. A Londres, le variant était détecté dans 28% des infections en novembre 2020, et dans 60% en janvier 2021. Au Royaume-Uni, la présence de ce variant a été corrélée à une augmentation du taux d’infection. En mars 2021, le variant a été détecté dans 94 pays (Europe, Amérique du Nord et du Sud, Afrique, Asie, Océanie). Les résultats des études récentes semblent montrer que ce variant pourrait avoir un effet sur la gravité de la maladie et augmenter la mortalité. Des résultats indiquent que ce variant pourrait avoir un avantage de transmission. Avec les restrictions en place en mars 2021, une personne infectée par une forme non mutée du coronavirus contamine environ 1 personne. Le taux de reproduction du variant britannique étant entre 0,4 et 0,7 plus élevé, cela signifie qu’une personne infectée par le variant va contaminer entre 1,4 et 1,7 personnes.

Comment le variant B1.1.7 est-il apparu ?

Un grand nombre de mutations sépare le variant britannique des autres formes circulantes du coronavirus SARS-CoV-2. Cela suggère que ce variant est apparu dans un patient immunodéprimé (c’est-à-dire une personne présentant un système immunitaire plus faible que la moyenne) qui a été infecté par le coronavirus pendant plusieurs mois. Un système immunitaire affaibli permet au virus de plus se multiplier et d’accumuler plus de mutations. En effet, des taux élevés d’accumulation de mutations sur de courtes périodes ont été observés sur des patients immunodéficients ou immunodéprimés.

Depuis que le variant britannique est apparu, il accumule les mutations à une vitesse comparable aux autres formes du virus, avec environ 1-2 nouvelles mutations par mois. La vitesse d’évolution du coronavirus n’a donc pas changé entre ce variant et les précédents. 

Que faire face au variant britannique ?

Pour ne pas attraper le coronavirus, ralentir la propagation de la COVID-19 et limiter la transmission de variants qui peuvent être plus transmissibles, il est très important que chacun soit extrêmement vigilant. Il faut porter un masque bien filtrant et bien ajusté sur le visage (voir la question Pourquoi mettre un masque? et la question Masque chirurgical ou masque en tissu : lequel choisir ?). Il faut respecter les distances de sécurité, se laver les mains régulièrement, aérer le plus souvent possible les locaux avec de l’air extérieur et bien sûr éviter la foule.


facebook twitter linkedin

Sources

Dans ce rapport, les chercheurs ont comparé 1.769 personnes infectées par le variant VoC 202012/01 avec 1.769 infectées par les autres formes du SARS-CoV-2. Les patients des deux groupes étaient appariés en âge et sexe. Les résultats montrent que le nombre de personnes hospitalisées n’est pas significativement différent dans les deux groupes (variant : 0,9 % des patients contre 1,5% pour la forme non mutée). La mortalité à 28 jours n’est pas significativement différente dans les deux groupes (0,89 % pour le variant contre 0,73 % pour la forme non-mutée). Le taux de réinfection (un test positif plus de 90 jours après la première infection) n’est pas significativement différent dans les deux groupes : 2 cas pour le variant contre 3 pour la forme non mutée.

Investigation of novel SARS-CoV-2 variant: Variant of Concern 202012/01. Technical briefing document on novel SARS-CoV-2 variant. Published 21 December 2020

Dans ce rapport, les auteurs ont étudié le taux secondaire d’infection en utilisant les données collectées en routine par les institutions sanitaires en Angleterre. 956.,519 cas contacts ont été suivis entre 30 novembre 2020 et 20 décembre 2020. Parmi ces cas contacts 121 072 (12,7%) ont été infectés par le SARS-CoV-2. Le taux d’infection des cas contacts est d’environ 15% quand le cas index (le patient qui a infecté le cas contact) était porteur de la forme variant VoC 202012/01 et il est d’environ 11% quand le cas index n’est pas porteur du variant.

Investigation of novel SARS-CoV-2 variant: 202012/01. Technical briefing 3. 28 December 2020.

Étude de modélisation portant sur l’expansion du variant VoC 202012/01, réalisée à partir des données collectées en routine en Angleterre entre octobre et décembre 2020 chez les patients atteints de la COVID-19. En se basant sur les données acquises du 8 novembre au 19 décembre 2020, les résultats montrent que parmi les 0-19 ans, la forme du variant VoC 202012/01 semble plus présente que la forme non mutée et parmi les 60-79 ans, c’est l’inverse : la forme non mutée semble plus présente. A partir des données acquises entre le 24 octobre et le 12 décembre 2020, les auteurs estiment que l’avantage absolu du taux de reproduction du variant par rapport à la forme non mutée varie de 0,36 à 0,68.

Davies, N. G., Abbott, S., Barnard, R. C., Jarvis, C. I., Kucharski, A. J., Munday, J. D., ... & Edmunds, W. J. (2021). Estimated transmissibility and impact of SARS-CoV-2 lineage B. 1.1. 7 in England. Science.

Etude de modélisation portant sur les données de patients atteints de la COVID-19 dans la région de Londres, l’est et le sud-est de l’Angleterre qui estime que le variant VoC 202012/01 se propage plus rapidement dans le sud-est de l'Angleterre que les formes préexistantes sans la mutation et que le variant VoC 202012/01 est 56% (95% intervalle : 50-74%) plus transmissible que la forme de SARS-CoV-2 non mutée.

Davies, N. G., Abbott, S., Barnard, R. C., Jarvis, C. I., Kucharski, A. J., Munday, J. D., ... & Edmunds, W. J. (2021). Estimated transmissibility and impact of SARS-CoV-2 lineage B. 1.1. 7 in England. Science.

Le variant britannique pourrait provenir de patients immunodéprimés qui ont été infectés par le coronavirus pendant plusieurs mois.

Rambaut, A., Loman, N., Pybus, O., Barclay, W., Barrett, J., Carabelli, A., ... & Volz, E. (2020). Preliminary genomic characterisation of an emergent SARS-CoV-2 lineage in the UK defined by a novel set of spike mutations. Genom. Epidemiol.

Etude réalisée au Royaume-Uni entre le 1 octobre 2020 et le 12 février 2021 auprès de 109 812 personnes de plus de 30 ans infectées par le SARS-CoV-2 et suivies pendant 28 jours. Les auteurs ont comparé le taux de mortalité au sein de deux groupes de patients: un groupe de 54  906 personnes infectées par le variant britannique (identifiées par la non-reconnaissance de la protéine Spike avec un test RT-PCR) et un groupe de 54  906 personnes infectées par la forme non mutée de SARS-CoV-2. Les groupes étaient appariés en âge, ethnie, sexe, niveau socio-économique et région de résidence. Il y eu 227 décès dans le groupe de personnes infectées par le variant britannique et 141 décès dans le groupe de personnes infectées par la forme non mutée du coronavirus. Pour le variant britannique, le taux est de 4,1 décès pour 1000 cas et pour la forme non mutée le taux est de 2,5 décès pour 1000 cas, soit une augmentation de 64% du risque de mortalité avec le variant britannique.

Challen, R., Brooks-Pollock, E., Read, J. M., Dyson, L., Tsaneva-Atanasova, K., & Danon, L. (2021). Risk of mortality in patients infected with SARS-CoV-2 variant of concern 202012/1: matched cohort study. BMJ, 372.

Pour aller plus loin

Qu’est-ce qu’une mutation pour le coronavirus SARS-CoV-2 ?

Qu’est-ce qu’un variant du coronavirus SARS-CoV-2 ?

Comment un variant du coronavirus SARS-CoV-2 se répand-il ?

Quels sont les variants du coronavirus SARS-CoV-2 qui ont attiré l’attention ?

Est-ce que les variants remettent en question l’efficacité des vaccins ?