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Est-il utile de porter collectivement des masques pour lutter contre la COVID-19 ?

Texte mis à jour le 2020-07-07


Lorsqu'une grande partie de la population porte un masque, qu'il s'agisse d'un masque chirurgical ou d'un masque alternatif, cela aide significativement à lutter contre la COVID-19 en réduisant la transmission du coronavirus SARS-CoV-2.

Il n’y a pas encore d’étude scientifique ayant mesuré avec certitude l’impact réel du port du masque sur la propagation de l’épidémie de COVID-19. Cependant, il est possible d’estimer cet impact en utilisant des modèles épidémiologiques qui prennent en compte l’efficacité des masques (leur capacité à filtrer les gouttelettes porteuses du virus et à empêcher sa transmission entre personnes) et la proportion de personnes portant un masque. Ces modèles indiquent que l’utilisation de masques peut entraîner une diminution importante du « taux de reproduction moyen» (Re ou Rt) du coronavirus SARS-CoV-2. Ce nombre correspond au nombre de personnes contaminées par une seule personne porteuse du virus à un moment donné de l’épidémie. S’il est inférieur à 1, l’épidémie régresse.

S’il est supérieur à 1, plus il est grand et plus l’épidémie progresse vite. Pour que le port du masque ait un impact significatif sur l’épidémie, il faut qu’il soit adopté par une proportion suffisante de personnes, indépendamment de leurs symptômes. Par exemple, en faisant l’hypothèse qu’un masque empêche 50% des infections, il faudrait qu’au moins 96% de la population porte un masque pour que Re soit inférieur ou égal à 1 ce qui permettrait stopper la progression de l’épidémie. Et une méta-analyse récente a révélé que les masques préviennent au moins 50% des infections. Si la proportion de personnes qui portent un masque est moins importante (par exemple 50 ou 70%), le port du masque n’est pas suffisant à lui seul pour stopper l’épidémie, mais il complète efficacement les autres mesures de lutte, comme le confinement ou le traçage des cas contacts.

Les bienfaits de l’adoption collective du port du masque existent indépendamment de la gravité de l’épidémie dans le pays et des autres stratégies de lutte mises en place.

N’oubliez pas que le port d’un masque ne se substitue pas à l’hygiène des mains et à la distanciation physique !


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Sources

Une revue comparant différents types de masques (artisanaux, chirurgicaux…) pour lutter contre la pandémie de la COVID-19.

Salvi, S. S. In this pandemic and panic of COVID-19 what should doctors know about masks and respirators?

Une revue de la littérature synthétisant les arguments en faveur du port du masque pour combattre l'épidémie de COVID-19. Les auteurs préconisent un usage massif du masque.

Howard, J., Huang, A., Li, Z., Tufekci, Z., Zdimal, V., van der Westhuizen, H. M., ... & Tang, V. (2020). Face masks against COVID-19: an evidence review.

Deux modèles mathématiques montrent l’effet des masques sur le taux de reproduction effectif (Re) du SARS-CoV-2, et sur le contrôle de la pandémie. Ces modèles prennent en compte la proportion de gens qui adoptent le masque, les conditions d’adoption, l’efficacité du masque, la présence de confinement et la dynamique temporelle d’adoption. Associée à un confinement, 50% d'adoption des masques au moins peut empêcher toute croissance exponentielle des cas d'infection. Même s'il y a un retard dans l'adoption, une adoption universelle du masque facial peut empêcher l'apparition de nouvelles vagues épidémiques de COVID-19.

Stutt, R. O., Retkute, R., Bradley, M., Gilligan, C. A., & Colvin, J. (2020). A modelling framework to assess the likely effectiveness of facemasks in combination with ‘lock-down’ in managing the COVID-19 pandemic. Proceedings of the Royal Society A, 476(2238), 20200376.

Un modèle quantitatif de transmission estimant le taux de reproduction de base (R0) de la COVID-19 sous certaines conditions sanitaires, comme les mesures de tests et d’isolation, de traçage des contacts et de quarantaine, de distanciation sociale, de port du masque et autres interventions à l’échelle individuelle. Implémenter ces stratégies en parallèle multiplie leurs effets sur la réduction du taux de reproduction. Un taux d’adoption du masque à 96% peut à lui-seul empêcher la croissance exponentielle. Associée à un traçage des cas contacts, l'adoption à 70% de masques faciaux peut freiner la croissance exponentielle même dans les pays les plus touchés. Un traçage des cas contacts réfère ici à une action qui parvient à tracer au moins 60% des contacts et à les isoler en 4 jours.

Tian, L., Li, X., Qi, F., Tang, Q., Tang, V., Liu, J., Li, Z., Cheng, X., Li, X., Shi, Y., Liu, H., & Tang, L. (2020). Calibrated Intervention and Containment of the COVID-19 Pandemic. arXiv: Populations and Evolution.

D’après une méta-analyse récente, le port du masque artisanal en coton est associé à une protection contre les SARS avec un rapport des chances de 0.33, ce qui correspond à un risque relatif diminué de 45 à 60% pour un risque total d’attraper la maladie entre 20 et 60%.

Chu, D. K., Akl, E. A., Duda, S., Solo, K., Yaacoub, S., Schünemann, H. J., ... & Hajizadeh, A. (2020). Physical distancing, face masks, and eye protection to prevent person-to-person transmission of SARS-CoV-2 and COVID-19: a systematic review and meta-analysis. The Lancet.

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